Christian Rioux | L’impuissance | in www.ledevoir.com

Il y a une petite odeur d’ex-Yougoslavie dans cette guerre ukrainienne. Souvenez-vous, c’était il y a trente ans à peine. Le mur de Berlin s’était effondré deux ans plus tôt. Plus au sud, la Yougoslavie, née de l’effondrement de l’empire austro-hongrois et proche culturellement de la Russie, craquait de partout.

Trente ans plus tard, le sang coule à nouveau sur les débris du monde communiste. Trente ans plus tard, une jeune nation défend à nouveau son indépendance des anciens empires. Hier la Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Aujourd’hui l’Ukraine. Comme l’écrit Jean Quatremer dans Libération, ce conflit est en quelque sorte un conflit « gelé » directement surgi du passé. Tout se passe comme si, pour se protéger des avancées de l’OTAN, Poutine menait avec quelques décennies de retard les guerres qui auraient dû avoir lieu au moment de l’effondrement du bloc soviétique.

Mais, il y a une différence de taille entre 1991 et 2022. Le géant américain ayant opéré son virage stratégique vers le Pacifique et la Chine, il est dorénavant hors de question que l’OTAN intervienne directement comme le fit Bill Clinton en ex-Yougoslavie. On peut même se demander si le président américain n’a pas précipité cette intervention en révélant publiquement que jamais il ne risquerait la vie d’un seul G.I. pour sauver Kiev, et encore moins Kharkov, Marioupol ou Odessa. En diplomatie, on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses propres dépens.

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