LE DERNIER DES DESPOTES | Nour-Eddine Boukrouh

Dans un livre intitulé « Le problème des idées dans la société musulmane » rédigé au Caire en 196O, Malek Bennabi a proposé une théorie selon laquelle les sociétés, à l’image des enfants, accomplissent leur croissance en passant par trois âges successifs : « l’âge des choses », « l’âge des personnes » et « l’âge des idées ». Il lui apparaissait alors que les sociétés musulmanes, du point de vue de leur développement psychosociologique, étaient à l’âge des choses au regard des politiques économiques qu’elles suivaient (économisme), et à l’âge des personnes au regard des régimes politiques qui les régissaient (autocraties).

A l’époque, le monde arabo-musulman pensait que son principal problème était le sous-développement matériel et que son retard sur l’Occident allait être rattrapé en quelques décennies grâce au pétrole et aux plans de développement mis en branle. Ils lui donneraient, croyait-il, les choses de la civilisation occidentale sans être obligé d’adopter ses idées. En matière de valeurs, pensait-il, il était mieux pourvu. Sur le plan politique il s’en était remis pour assurer son bonheur et son honneur à des « zaïms », des « Raïs », des « Libérateurs », des « Guides » et des Rois « pieux » qui ne tiraient pas leur légitimité de la souveraineté populaire, mais soit de la tradition islamique pour les monarchies et les Emirats, soit de leur participation à la lutte anticoloniale ou à un coup d’Etat pour les républiques. Les peuples arabes végétaient, écrit Bennabi, sous la « double tyrannie des choses et des personnes ».

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