5 juillet 1845. Un commissaire dresse un constat d’adultère à Léonie Biard surpris avec Victor Hugo

La jeune femme, épouse d’un sculpteur célèbre, est jetée en prison, tandis que l’écrivain, pair de France rentre chez lui
FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS

Hugo

L’aube du 5 juillet 1845 ouvre un oeil sur un Paris alangui. Léonie Biard, 25 ans, et Victor Hugo, 43 ans, dorment tendrement enlacés dans la garçonnière que le tout nouveau pair de France vient de louer passage Saint-Roch. Pauvre poète, il lui faut bien se consoler : son épouse, Adèle, se refuse à lui depuis longtemps, et sa maîtresse, Juliette, lui est devenue aussi banale que Valérie Trierweiler à un certain président…. La nuit a été épuisante même pour un Victor à la quarantaine ardente.
Cette nuit encore, il a enchaîné de multiples orgasmes. Bref, Victor et Léonie dorment paisiblement quand ils sont réveillés en sursaut par une avalanche de coups contre la porte. Ils sont affolés. Est-ce juge Claire Thépaut qui débarque pour les mettre en examen ? “Au nom du roi, ouvrez la porte !” entendent-ils hurler. Ils se regardent de nouveau, cette fois consternés, car ils comprennent que celui qui frappe comme un sourd n’est autre que le commissaire du quartier. Ils ne peuvent qu’ouvrir la porte pour le faire entrer, accompagné du mari cocu, le peintre Auguste Biard. Ce dernier veut punir sa jeune épouse d’avoir entamé une procédure de séparation.
Victor Hugo a beau se faire connaître, répéter qu’il vient d’être nommé pair de France, le commissaire poursuit la procédure. “Vous seriez un ex-président de la République, ce serait le même tarif,” précise ce dernier… En fait, à l’époque, tromper son époux constitue un crime ! Heureuse époque… Léonie Biard est aussitôt arrêtée et emmenée à la prison Saint-Lazare, réservée “aux prostituées et aux femmes coupables d’adultère”. Victor Hugo ne peut lui éviter cette infamie. Quant à lui, son statut de pair de France le met à l’abri de toute poursuite. C’est déjà ça. “Ses lèvres se collent sur ma bouche”


Qui donc est cette Léonie Biard aimée par Victor Hugo ? L’écrivain la rencontre probablement en 1843 dans le salon de Fortunée Hamelin, une ancienne Merveilleuse. Il tombe amoureux de cette petite femme à l’allure fragile, aux longs cheveux blonds et aux yeux limpides. C’est une people de l’époque, admirée pour avoir accompagné son vieux mari, de 20 ans son aîné, lors d’une expédition au Spitzberg. Femme honnête, Léonie commence par résister à Victor.
Dans son journal, elle écrit : “Je veux éviter ses baisers et mes lèvres involontairement cherchent ses lèvres. Je veux fuir, mais je n’en ai pas la force. Bientôt nos baisers se confondent. Mon bonheur s’augmente car j’éprouve, sous ces brûlantes caresses, des transports inconnus. Je les savoure, m’en enivre et, toute confuse, je veux, mais ne puis dissimuler ce qui est en moi.” Car Hugo ne lâche pas l’affaire. Il la poursuit de ses assiduités. Un jour, il l’invite à lui rendre visite chez lui, dans son hôtel de la place des Vosges. Il la fait entrer par un escalier dérobé qui débouche directement dans son bureau, où personne, y compris Adèle son épouse, n’oserait le déranger.
Dès que Léonie pénètre dans l’antre du vieux faune, celui-ci passe à l’attaque. “Soudain, je sens que mes vêtements se soulèvent. Bientôt, ses mains se promènent sur les chairs qui palpitent sous leurs fortes pressions…” Elle le supplie d’avoir pitié d’elle. “Mais cette résistance ne peut durer longtemps, vu que la passion m’a tout à fait égarée. Je suis plus qu’heureuse…” Une dernière fois, dans un sursaut de lucidité, elle se débat, l’implore avec ses larmes. “Mais il les éteint avec ses baisers. Ses lèvres se collent sur ma bouche… Je redeviens faible. Je délire de nouveau.”
Héroïque, Léonie parvient à se sauver, indemne. Mais elle revient place des Vosges, il insiste. Finalement, elle cède le 1er avril 1843. Le poète amoureux célèbre cette victoire avec ces vers : “C’était la première soirée / Du mois d’avril. / Je m’en souviens, mon adorée. /T’en souvient-il / Nous errions dans la ville immense, / Tous deux, sans bruit, /À l’heure où le repos commence / Avec la nuit !”
Elle sait le faire jouir comme nulle autre
Hugo ne cesse de lui écrire avec une fièvre qu’il n’avait jamais éprouvée, ni pour son épouse Adèle ni pour la fidèle Juliette. Il faut dire qu’elle sait le faire jouir comme nulle autre femme jusque-là. Pour Léonie, c’est du sérieux, elle entame une séparation de corps d’avec son époux, souhaitant que Victor divorce également d’Adèle. Elle rêve d’un mariage. Mais Auguste Biard n’a pas l’intention de se faire éjecter du tableau sans réagir et, surtout, de perdre ses enfants. D’où le constat d’adultère du 5 juillet.
Dès le lendemain, la presse se régale du scandale, sans oser, néanmoins, nommer expressément Victor Hugo. Elle se borne à évoquer un grand poète, pair de France. Mais tout le monde comprend. Le roi Louis-Philippe convainc le peintre Biard de retirer sa plainte. Puis, grâce à l’intervention d’Adèle, magnanime, en septembre Léonie est transférée au monastère des Augustines, rue de Berri, avant de retrouver la liberté et… Hugo, le 5 décembre. Pendant ce temps, pour calmer les rumeurs, Hugo fait croire qu’il est parti en mission en Espagne. En fait, il s’enferme chez lui, commençant la rédaction d’un roman intitulé Jean Tréjean, les futurs Misérables. Ce voyou de Balzac s’empare de l’anecdote pour la glisser dans son roman La cousine Bette, dans lequel le baron Hulot est surpris au lit avec sa maîtresse.
Léonie obtient la séparation de corps, s’installe seule avec ses enfants. C’est Victor qui paie. Leur liaison se poursuit, mais le volage Hugo est déjà sur une autre piste, celle de la comédienne Alice Ozy. Léonie ne s’en doute pas encore, ce qui l’inquiète davantage, c’est la relation de son amant avec Juliette Drouet. Elle a beau lui demander d’y mettre fin, il s’y refuse. Finalement, en juin 1851, Léonie, tentant le tout pour le tout, envoie à Juliette les lettres d’amour que Hugo lui a adressées, espérant ainsi précipiter leur rupture. Mal joué. Finalement, c’est le départ en exil d’Hugo, à Bruxelles, à la fin de 1851, qui met fin à ce vaudeville. Léonie veut le suivre, mais Adèle, qui est devenue son amie, l’en dissuade. C’en est fini de l’histoire d’amour entre Victor et Léonie. Ils continuent de s’écrire, il continue à l’aider financièrement. Mais ils ne continuent pas à coucher. En revanche, Juliette, toujours fidèle, suit son amant en exil.

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