Lettre de Ludwig van Beethoven à l’immortelle Bien-aimée in “Des Lettres”

Notre amour n’est-il pas une véritable demeure céleste ?

L’allemand Ludwig Van Beethoven, né le 17 décembre 1770 et décédé le 26 mars 1827, précurseur du romantisme dans la musique, est le compositeur de multiples symphonies, concertos et sonates. Mais outre  la trace importante qu’il a laissée dans la création musicale en occident, il fut aussi un amant passionné : celui dont Haydn dit qu’il est « un homme qui a plusieurs têtes, plusieurs cœurs, plusieurs âmes » écrit ces trois lettres enflammées à quelques heures d’intervalle, adressée à une femme inconnue, mais dont il semble très épris.

6 et 7 juillet 1812

Le 6 juillet dans la matinée

Mon ange, mon tout, mon moi. – Aujourd’hui quelques mots seulement, et même au crayon (le tien). – Ce n’est que jusqu’à demain que j’ai une demeure ; quelle fâcheuse perte de temps que tout cela. Pourquoi ce profond chagrin, quand la nécessité se prononce – Notre amour peut-il exister ailleurs que dans l’immolation, dans le renoncement à tout avoir ? Peux-tu y changer quelque chose, au fait que tu ne m’appartiens pas tout entière, que je suis pas entièrement à toi ? – Ah ! mon Dieu, que ton regard s’étende à la belle nature et que ton âme y trouve la quiétude puisqu’il faut que ce soit – L’amour exige tout et il a bien raison. Ainsi en est-il de moi avec toi et de toi avec moi – mais tu oublies trop à la légère que tu dois vivre pour moi et pour toi. Si nous étions complètement unis, tu n’éprouverais pas, ni moi non plus, ce sentiment douloureux – […] Aujourd’hui non plus je ne puis te faire part des observations que j’ai faites sur ma vie durant ces derniers jours – Si nos coeur étaient toujours étroitement liés l’un à l’autre, je n’irais certes pas nourrir de pareilles pensées. Mon serin est rempli de tant de choses à te dire – Hélas ! – il y a des moments où je trouve que le langage n’est encore absolument rien – Rassérène-toi – demeure mon cher, mon unique trésor, mon tout comme je le suis pour toi. Le reste, ce sont les cieux qui doivent nous l’envoyer, quelle que doive être et sera notre destinée –

Ton fidèle

LUDWIG

Lundi soir, 6 juillet

Tu souffres, toi, qui de tous les êtres m’est le plus cher – C’est en ce moment que je m’aperçois que les lettres doivent être de très bonne heure mises à la poste, lundi – ou le jeudi – les seuls jours où elle part pour K. – Tu souffres – Oh ! où je suis, tu es aussi avec moi – je veillerai à ce que toi et moi… à ce que je puisse vivre avec toi. Quelle vie !!!! telle qu’elle est sans toi – persécuté de-ci de-là, par la bonté des hommes – que je désire mériter aussi peu que je la mérite – L’humilité de l’homme à l’égard de l’homme – elle m’est douloureuse – et quand je me considère en relation avec le grand Tout, voyant ce que je suis et ce qu’il est – celui que l’on considère le plus Grand – et que néanmoins – c’est en cela encore que consiste le divin de l’homme – Je pleure à la pensée que ce sera sans doute samedi seulement que tu recevras de moi la première nouvelle – Si fort que tu m’aimes – je t’aime encore encore plus fort, – ne cherche donc pas à te dérober à ma vue – bonne nuit nuit – Je dois aller me coucher car je fais la cure des bains – O mon Dieu ! – si près ! si loin ! Notre amour n’est-il pas une véritable demeure céleste ? – mais aussi solide que le firmament –

Bonjour, le 7 juillet.

Déjà même avant le saut du lit, mes pensées se portent en foule vers toi, mon éternellement bien-aimée, par instants joyeuses, puis de nouveau tristes, attendant du sort qu’il nous exauce – Je ne peux vivre qu’avec toi complètement ou pas du tout ; j’ai même résolu de continuer d’aller errant au loin jusqu’à ce que je puisse me réfugier dans tes bras et me dire chez toi dans ma vraie demeure, que je puisse plonger mon âme, entourée de toi, au royaume des esprits bienheureux. Car hélas ! il en doit être ainsi – tu te ressaisiras d’autant plus que tu sais à quel point je te suis fidèle. Jamais – jamais – jamais une autre ne possédera mon coeur. O mon Dieu ! pourquoi être séparé de celle que l’on aime, si ardemment ? Et pourtant ma vie [Vienne], telle qu’elle est en ce moment, est une vie misérable – Ton amour a fait de moi le plus heureux et le plus malheureux des hommes – J’aurais besoin à mon âge d’une certaine uniformité, d’une certaine égalité de vie – celle-ci peut-elle subsister dans nos rapports ? – Mon ange, à l’instant même j’apprends que la poste part tous les jours – et je dois par conséquent terminer pour que tu reçoives ma lettre aussitôt – Sois tranquille, c’est uniquement pour un tranquille examen de notre existence que nous pourrons atteindre notre but de vivre ensemble – Sois tranquille – aime-moi – Aujourd’hui – hier – quelle nostalgie éplorée de toi – de toi – toi – ma vie – mon tout – Bonne chance – Oh ! continue de m’aimer – ne méconnais pas le coeur fidèle de ton amant.
toujours tien
toujours mienne
toujours à nous.

L.

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