Au nom de tous les seins | Taous Ait Mesghat | Sétif – Algérie

Tu ne sais pas ce que ça fait quand un sein durcit sous la caresse de tes doigts , non tu ne sais pas ….
Tu ne connais pas cette sensation divine quand un téton pointe pour toi , non tu ne connais pas …
Tes lèvres assoiffées de plaisir n’ont jamais goûté à la douceur de la soie , non elles ne l’ont pas …
Ton regard ignore la splendeur d’un galbe arrondi qui s’offre à toi , non il ne connait pas ….
Aucune femme amoureuse n’a frémi de désir sous l’emprise de tes bras , non je ne le pense pas …..
Pauvre diable que la chair renie et qui vient se venger sur moi , Vénus en pierre qui ne se défend pas ….
Moi femme fontaine qui te rappelle ton pitoyable état , toi homme aride qui ne suscite aucun émoi ….
Moi arrogante de beauté dans la chaleur et le froid , toi mesquin de laideur dans ta rage de forçat ….
Crois tu que sous tes coups barbares tu me tueras ? Penses tu qu’en me brisant la femme mourra ?
Sous d’autres mains d’artistes ma poitrine renaîtra , mon visage sourira et la femme vibrera .
À nous l’extase de l’amour et la joie ; à toi la torture de la haine et l’effroi .
Je suis la vie , Ain Fouara.


AIN EL FOUARA… LA VRAIE HISTOIRE.

De sources très sétifiennes, j’ai appris la vraie histoire de la jeune fille en pierre de Ain El Fouara… je vous la raconte.

Il est affirmé que Sétif était une sorte de fort ouvert sur 5 côtés par des portes qui portaient le nom de : Porte d’Alger, Porte de Bejaia, Porte de Constantine etc…

La source d’El Fouara se situait du côté de « Bab Dzayer », la porte d’Alger qui était dotée de battants en fer qu’on fermait à la nuit tombée… l’endroit était très ombragé et sa fraîcheur attirait les « Arabes » qui se rencontraient là pour toutes sortes de négoce ou de relations (affaires, mariages, voyages…)

L’autorité coloniale avait autorisé la construction d’une mosquée à gauche de la source et d’une synagogue à sa droite. Les deux lieux de culte sont toujours débout, la mosquée est opérationnelle et porte le nom d’El Atiq quant à la synagogue elle est fermée faute de pratiquants.

La belle placette qui s’étendait entre les deux lieux de culte comportait un jardin avec de beaux platanes où les européens aimaient flâner en terrain conquis… mais les arabes en burnous qui lézardaient dans les lieux faussaient un peu le décor et pouvaient constituer un danger pour les gentils français en tenue légère qui venaient se conter fleurette ou voir s’ébattre leurs enfants…

Les français auraient bien aimé les chasser à coups de trique ou de crosses mais le rabbin de la synagogue leur épargna ce procédé en leur soufflant une solution sans violences…physiques.

Sachant que les arabes venaient en ces lieux par pleines fratries pour discuter de tout et parfois de rien, et connaissant la pudeur extrême qui caractérisait les rapports entre parents, il suggéra aux français d’installer en ces lieux une représentation qui gênerait ces arabes et leur donna l’idée d’une femme nue en leur précisant qu’elle devait être installée de manière à tourner le dos à la mosquée pour qu’ils la fuient car si elle devait montrer ses atours de face, ils n’hésiteraient pas à la briser…

Et c’est ainsi que la statue de la célèbre nymphe avec les têtes de légionnaires romains à ses pieds fut commandée chez Francis de Saint Vidal et mise en place à la fin du 19e siècle…

Ses effets furent immédiats… les Arabes qui prenaient les platanes du jardin comme arbres à palabres quittèrent les lieux pour s’installer à la porte de Biskra à l’autre bout de la ville et les européens purent jouir sans gêne des allées ombragées du jardin en contemplant les belles formes de la nymphe lascive qui dominait la fontaine emblématique…

La belle fille se construisit petit à petit une légende et devint indissociable de la ville haut-perchée… Et si les européens la regardaient comme oeuvre d’art et symbole de leur mainmise sur le pays, certains «indigènes » lui tissèrent tellement de légendes qu’elle finit par devenir objet d’un véritable culte puisqu’ils en sont arrivés à venir l’implorer en lui rougissant les mains de henné…

A l’indépendance du pays, son problème se posa… Je tiens de notre ami Abderrahmane Kassali le témoignage de son père Moussa Kassali, officier “arabe” de la wilaya 3 selon lequel l’exécutif provisoire de la ville de Sétif aurait voté à l’unanimité une délibération dont le PV suggérait aux nouvelles autorités du pays de retirer cette statue impudique et représentative de l’ordre colonial pour la confier au musée de Sétif en sa qualité de relique d’un ordre que nous avions défait mais dont nous devions préserver le souvenir…

Les autorités du Pays ne répondirent pas à cette suggestion peut être parce qu’elles n’étaient pas convaincues de l’idée ou parce que ce n’était pas une priorité.

Et c’est ainsi que la statue de Saint Vidal continua à dominer la fontaine de Ain El Fouara, à vivre les péripéties des noirs et blancs et à ponctuer les joies et les tristesses des Sétifiens tout en se prêtant au paganisme de ceux qui avaient fini par la considérer comme une déesse en pierre et à lui vouer un respect frisant parfois le mysticisme…

Elle connut son premier tourment en 1997 quand un terroriste ne trouvant pas où se débarrasser d’une bombe qu’il portait la déposa auprès d’elle, ce qui lui valut de sérieuses blessures…

Elle vient de connaître une seconde agression avec la mutilation au marteau qu’elle vient de subir de la part d’un homme dont on dit qu’il n’était pas en possession de tous ses esprits…

Ceux qui pourraient trouver prétexte à justification de l’acte de destruction de cette inoffensive fille en pierre en invoquant son passé colonial ou son impudeur doivent rengainer leurs arguments car ils ne sont plus recevables…

Si les officiers du FLN-ALN n’ont pas osé procéder à sa destruction à l’indépendance, c’est qu’ils lui avaient accordé, du fait de sa longévité de plus d’un siècle et demi et de la place qu’elle avait acquise dans le cœur des Sétifiens et par delà, des algériens, des circonstances favorables à sa sauvegarde, sans oublier son incontestable statut d’oeuvre d’art…

Et si les autorités de l’Algérie indépendante n’ont pas donné suite à la suggestion des responsables locaux de l’enfermer dans un musée c’est que, quelque part, cette statue avait réussi à imposer sa liberté de continuer à trôner sur la fontaine dont elle est devenue l’emblème.

Quant à la pudeur, il faut reconnaître que si hier on pouvait être gêné par la nudité publique d’une femme, fut elle en pierre, ce n’est plus le cas aujourd’hui avec les moulants et décolletés de nos filles, les slips apparents de nos garçons et les kamis transparents de nos barbus…

Et même si les arguments du passé colonial de cette fille et de son impudeur devaient justifier son retrait, la décision unilatérale de sa destruction représente une gravissime atteinte au respect du patrimoine public…

Ceux qui jubilent en voyant les amputations subies par cette innocente fille devraient revoir leur conception des libertés publiques et se dire que nul n’a le droit de s’en prendre au patrimoine commun au prétexte qu’il ne le trouve pas séant ou à son goût; et cautionner cet acte de vandalisme pour n’importe quel prétexte, fut il historique, religieux, culturel ou moral, c’est encourager tout quidam à se faire justice où il veut, quand il veut et comme il veut et c’est la porte ouverte à l’anarchie…
D… 19 Décembre 2017- 16h45.

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