Mural “Resumé des Livres et des Idées”, in Facebook. DIEU SELON BARUCH SPINOZA

Les êtres humains ont tendance à créer Dieu à leur image. Dans les trois grandes religions monothéistes  le judaïsme, le christianisme et l’islam  Dieu se voit attribuer des caractéristiques typiquement humaines : une volonté, des émotions, des jugements, des préférences. L’Ancien Testament illustre particulièrement bien cette tendance : on y rencontre un Dieu qui se met en colère, qui punit, qui se repent parfois de ses propres décisions, qui est jaloux et exige une obéissance absolue. Ce Dieu se comporte davantage comme un souverain despotique que comme un être parfait et infini.

Spinoza voit dans cette conception une profonde contradiction. Si Dieu est absolument parfait et infini, comment pourrait-il ressentir de la colère ou de la jalousie ? Ces émotions sont des réactions à une situation subie, des signes d’un manque ou d’une vulnérabilité. Elles appartiennent aux êtres limités, imparfaits, qui dépendent de leur environnement. Les attribuer à Dieu revient à le réduire au niveau de ses propres créatures.

De même, le désir suppose un manque : on ne désire que ce que l’on n’a pas encore. Un être véritablement infini et parfait ne peut rien désirer, car rien ne lui fait défaut. Si Dieu désire être prié, adoré, obéi, cela signifie qu’il a besoin de nous  et un Dieu qui a besoin de l’homme n’est plus vraiment Dieu.

Spinoza dénonce également l’image du Dieu-roi, assis sur son trône céleste, attendant que les hommes le prient, le flattent et lui rendent hommage. Cette image, selon lui, dit plus sur la psychologie humaine que sur la nature réelle de Dieu. Les hommes ont projeté sur Dieu leurs propres structures sociales;  la monarchie, la hiérarchie, le pouvoir,  et ont ainsi fabriqué une divinité à leur mesure, rassurante et familière, mais philosophiquement incohérente.

Pour dépasser cette vision naïve, Spinoza propose une métaphysique entièrement nouvelle. Selon lui, tout ce qui existe dans l’univers est formé d’une seule et même substance. Cette idée est fondamentale : il n’existe pas une multitude de choses indépendantes les unes des autres, mais une réalité unique dont tout procède. Les êtres que nous percevons ; les humains, les animaux, les plantes, les pierres, les astres ; ne sont pas des substances séparées, mais des modes, c’est-à-dire des expressions particulières et temporaires de cette substance unique.

Cette substance est ce que Spinoza appelle Dieu. Et elle possède une caractéristique extraordinaire : elle est causa sui, c’est-à-dire sa propre cause. Elle n’a pas été créée par une puissance extérieure ; elle existe par elle-même, nécessairement, de toute éternité. Elle n’a ni début ni fin. Elle ne dépend de rien d’autre qu’elle-même pour exister.

Cette substance divine est infinie, non pas dans le sens d’une grandeur immense, mais dans le sens d’une complétude absolue : elle possède une infinité d’attributs, dont nous ne pouvons en connaître que deux ; la pensée et l’étendue (la matière). Tout ce qui pense et tout ce qui occupe un espace dans l’univers est une manifestation de Dieu.

“Deus sive Natura” : Dieu ou la Nature

C’est pourquoi Spinoza formule l’une des équations les plus audacieuses de toute l’histoire de la philosophie : Deus sive Natura  “Dieu, c’est-à-dire la Nature”.

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