Au moment où une grande partie de l’Europe parle de murs, d’expulsions et de peur, Pedro Sánchez choisit une phrase presque opposée : l’Espagne est fille de la migration, et elle ne sera pas mère de la xénophobie.

Cette phrase ne tombe pas dans le vide.

Elle arrive dans un pays qui connaît très bien le départ.

Pendant des décennies, des Espagnols ont quitté leur terre pour chercher du travail, de la sécurité, une vie possible ailleurs.

Amérique latine.

France.

Allemagne.

Suisse.

Belgique.

Des familles entières ont connu la valise, le bateau, le train, l’accent étranger, les papiers, l’humiliation parfois, et l’espoir souvent.

Alors Sánchez utilise cette mémoire comme un miroir.

Il rappelle que l’Espagne n’a pas toujours été un pays d’accueil.

Elle a longtemps été un pays de départ.

Et c’est précisément pour cela, selon lui, qu’elle ne peut pas regarder les migrants d’aujourd’hui comme une menace unique.

En 2026, son gouvernement défend une procédure de régularisation d’environ 500 000 personnes sans papiers.

L’idée n’est pas seulement humanitaire.

Elle est aussi économique.

L’Espagne vieillit.

Certains secteurs manquent de main-d’œuvre.

Le système social a besoin de travailleurs déclarés, de cotisations, de personnes visibles dans l’économie au lieu d’être enfermées dans l’ombre.

Sánchez défend donc une idée simple : intégrer peut coûter moins cher que laisser des centaines de milliers de personnes vivre sans droits, sans statut clair et sans vraie protection.

Pour lui, l’immigration n’est pas seulement une question de frontières.

C’est une question de société.

Un pays peut choisir de transformer les migrants en boucs émissaires.

Ou il peut choisir de les faire entrer dans la loi, le travail, les impôts, l’école, les soins et la vie commune.

Ce discours tranche avec le climat européen actuel.

Ailleurs, beaucoup de gouvernements durcissent leurs politiques, allongent les délais de rétention, parlent de plateformes de retour et placent la migration presque uniquement dans le registre sécuritaire.

L’Espagne, elle, avance à contre-courant.

Pas sans critiques.

La droite et l’extrême droite accusent Sánchez d’encourager l’immigration irrégulière. D’autres craignent une pression sur le logement, les services publics ou les salaires.

Mais Sánchez répond avec un autre récit.

Selon lui, la xénophobie ne protège pas une nation.

Elle l’abîme.

Elle divise les travailleurs entre eux.

Elle transforme la pauvreté en menace.

Elle fait oublier que derrière chaque chiffre, il y a une personne qui cherche simplement à vivre debout.

C’est là que son message devient plus large qu’une réforme administrative.

Il ne parle pas seulement de titres de séjour.

Il parle de l’image qu’un pays veut avoir de lui-même.

Fermé et inquiet.

Ou ouvert et organisé.

Pauvre en confiance.

Ou riche de ceux qui viennent travailler, étudier, soigner, construire, vieillir et recommencer.

La phrase de Sánchez restera peut-être surtout pour sa force symbolique :

Nous sommes les enfants de la migration.

Nous ne serons pas les parents de la xénophobie.

Elle rappelle une vérité que beaucoup de pays oublient quand ils deviennent prospères : presque chaque peuple a été, un jour, celui qui partait.

Et parfois, la dignité d’une nation se mesure à la manière dont elle accueille ceux qui arrivent avec la même peur, la même fatigue et le même espoir que ses propres enfants portaient autrefois.

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