Charles Baudelaire | Les Fleurs du mal -1857

Cette semaine marquait le cent cinquantième anniversaire de la disparition de Charles Baudelaire, survenue le 31 août 1867.

Redécouvrez à cette occasion l’oeuvre de ce grand poète, parue aux Éditions Gallimard :http://bit.ly/2x8tO5L

“Harmonie du soir” (Les Fleurs du mal, 1857)

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire | Citação

Charles_Baudelaire 598

É preciso estar sempre embriagado. Eis aí tudo: é a única questão. Para não sentirdes o horrível fardo do Tempo que rompe os vossos ombros e vos inclina para o chão, é preciso embriagar-vos sem trégua.
Mas de quê? De vinho, de poesia ou de virtude, à vossa maneira. Mas embriagai-vos.
E se, alguma vez, nos degraus de um palácio, sobre a grama verde de um precipício, na solidão morna do vosso quarto, vós acordardes, a embriaguez já diminuída ou desaparecida, perguntai ao vento, à onda, à estrela, ao pássaro, ao relógio, a tudo que foge, a tudo que geme, a tudo que anda, a tudo que canta, a tudo que fala, perguntai que horas são; e o vento, a onda, a estrela, o pássaro, o relógio, responder-vos-ão: ‘É hora de embriagar-vos! Para não serdes os escravos martirizados do Tempo, embriagai-vos: embriagai-vos sem cessar! De vinho, de poesia ou de virtude, à vossa maneira.

Causerie | Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

Causerie

Vous êtes un beau ciel d’automne, clair et rose !
Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
Et laisse, en refluant sur ma lèvre morose
Le souvenir cuisant de son limon amer.

– Ta main se glisse en vain sur mon sein qui se pâme ;
Ce qu’elle cherche, amie, est un lieu saccagé
Par la griffe et la dent féroce de la femme.
Ne cherchez plus mon coeur ; les bêtes l’ont mangé.

Mon coeur est un palais flétri par la cohue ;
On s’y soûle, on s’y tue, on s’y prend aux cheveux !
– Un parfum nage autour de votre gorge nue !…

Ô Beauté, dur fléau des âmes, tu le veux !
Avec tes yeux de feu, brillants comme des fêtes,
Calcine ces lambeaux qu’ont épargnés les bêtes !

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Baudelaire | Le Balcon | The Balcony

The original French

Le Balcon

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,
Ô toi, tous mes plaisirs! ô toi, tous mes devoirs!
Tu te rappelleras la beauté des caresses,
La douceur du foyer et le charme des soirs,
Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses!

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon,
Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que ton sein m’était doux! que ton coeur m’était bon!
Nous avons dit souvent d’impérissables choses
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!
Que l’espace est profond! que le coeur est puissant!
En me penchant vers toi, reine des adorées,
Je croyais respirer le parfum de ton sang.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison,
Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,
Et je buvais ton souffle, ô douceur! ô poison!
Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.
La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses,
Et revis mon passé blotti dans tes genoux.
Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses
Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton coeur si doux?
Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses!

Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,
Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,
Comme montent au ciel les soleils rajeunis
Après s’être lavés au fond des mers profondes?
— Ô serments! ô parfums! ô baisers infinis!

Translated by Rosemary Lloyd (2002)

Mother of memories, mistress of mistresses
All of my pleasures and all of my cares!
You will recall the beauty of caresses,
The sweetness of the hearth and the charm of the evening
Mother of memories, mistress of mistresses.

Those evenings lit by the glow of the coals,
Those evenings on the balcony veiled in pink mists.
How sweet your breast! How kind was your heart!
How often we said things we will never forget,
Those evenings lit by the glow of the coals.

How beautiful the sun on those warm summer evenings!
How vast then is space! How powerful the heart!
In leaning toward you, queen of the adored,
I felt I was breathing the scent of your blood.
How beautiful the sun on those warm summer evenings!

The nights would grow as thick as the partition wall
And my eyes in the dark would seek out your eyes,
And I drank in your breath, o sweetness, o poison!
And your feet fell asleep in my brotherly hands.
The nights would grow as thick as the partition wall.

I know how to call up the moments of joy,
See my past once again nestled in your knees.
Where should one look for your languorous beauty
If not in your dear body and in your sweet heart?
I know how to call up the moments of joy.

Those vows, those perfumes, those infinite kisses,
Will they rise yet again from a gulf none may measure?
As the rejuvenated sun rises again to the heavens
After being washed in the depths of the deep seas?
— O vows! O perfumes! O infinite kisses!

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