Sartre : “L’enfer, c’est les autres”

Ce n’est pas une guerre de tous contre tous que dépeint Sartre, mais un drame intérieur à la conscience, qui se découvre exposée au regard d’autrui. Explications. Par Sébastien Blanc

« L’enfer, c’est les autres. » Cette phrase de Huis clos de Sartre prête à contresens. On la comprend souvent comme simple modulation de la phrase tout aussi célèbre de Hobbes : «  L’homme est un loup pour l’homme.  » Pourtant, ce n’est pas une guerre de tous contre tous que dépeint Sartre, c’est un drame intérieur à la conscience, par quoi elle se découvre exposée au regard d’autrui. Pour le saisir, il faut revenir à ce que dit Garcin, l’un des trois personnages de la pièce, à la fin de Huis clos : «  Tous ces regards qui me mangent. […] Pas besoin de gril, l’enfer c’est les autres.  » L’enfer ne relève pas de la torture physique, mais du fait de ne jamais pouvoir s’extraire du jugement d’autrui.

Descartes nous a familiarisés avec l’idée d’une conscience solitaire, souveraine et impénétrable. Ce solipsisme, s’il existait, serait en quelque sorte un paradis. L’enfer, c’est de découvrir que nous sommes une conscience sans repli ni intériorité, privée de ses secrets. L’enfer, c’est donc moins l’isolement et l’obscurité que la transparence et la pleine lumière. Mais pour l’athée qu’est Sartre, que peut bien signifier l’enfer (comme le paradis)  ? L’expérience de la honte nous en donne, ici-bas, un avant-goût. Imaginons, comme nous le propose L’Être et le Néant (1943), que je sois surpris à regarder par jalousie à travers le trou d’une serrure. C’est l’irruption d’autrui qui confère à mon acte sa signification. C’est dans son regard que je réalise que je suis un mari jaloux en train d’espionner. La honte est honte de soi mais devant autrui. «  Ma chute originelle, écrit encore Sartre, c’est l’existence de l’autre.  » Non pas en raison d’une quelconque faute, mais parce qu’autrui fait de moi une chose ou un objet dans le monde.

QUI ÉTAIT SARTRE ?

Philosophe, écrivain et dramaturge, Jean-Paul Sartre (1905-1980) s’impose dans les années 1950 comme le pape de l’existentialisme. Pour lui, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il fait de sa vie, comme il l’exprime dans ses essais L’Être et le Néant (1943), L’existentialisme est un humanisme (1946), mais aussi dans ses pièces de théâtre – Les Mouches (1943), Huis clos (1944), Les Mains sales (1948) – et ses romans : La Nausée (1938), Les Chemins de la liberté (1945-1949).

Il s’engage ensuite dans l’action politique aux côtés du Parti communiste, puis des mouvements gauchistes à partir des années 1970.

Élise Lépine

https://www.lepoint.fr/philosophie/sartre-l-enfer-c-est-les-autres-14-11-2017-2172343_3963.php?fbclid=IwAR1rOe9dqZPnlLoRtHcLJkCfnT9OeNb44rNL65baB6Z1XgYQzKa5jWB9DkQ

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