Les éclipses du clitoris | France Culture

Un manuel de SVT vient d’ajouter une description fidèle de l’organe de plaisir féminin. Longtemps resté dans l’ombre de la science et de la société, le clitoris a subi les assauts répétés de l’Eglise et du freudisme, voyant dans ce monticule du plaisir une menace pour la domination masculine.

L’éducation sexuelle a connu une véritable révolution à la rentrée dernière, avec la représentation dans un manuel de SVT du clitoris de manière anatomiquement correcte, et non plus comme une vague protubérance minuscule aux portes de l’appareil reproducteur féminin.

Il faut dire que cet appendice érectile, riche de plus de 7500 terminaisons nerveuses -soit bien plus que le pénis- est resté largement à la marge des représentations et des enseignements, perçu comme un organe superflu, n’ayant pas de fonction pratique dans la mécanique reproductrice. Le clitoris, qui s’étend tout de même sur près de 11 cm, souffre donc d’une invisibilité qui ne doit rien aux hasards de la chair. C’est ce que la philosophe Nancy Tuana appelle l’épistémologie de l’ignorance, soit l’étude des stratégies d’oubli, programmées à des fins de pouvoir.

On retrouve ainsi, dès le milieu du 16e siècle, des représentations complètes et détaillées du clitoris. La Renaissance triomphante ouvre les portes de l’organe du plaisir féminin, après la relative ignorance lors des périodes antiques et du Moyen-Âge.

Un usage encouragé l’Eglise

Comme l’indique le sexologue Jean-Claude Picard, il faut attendre la fin du 19e siècle pour que l’Eglise catholique tourne casaque et interdise le recours à ce monticule du plaisir. Il faut dire que jusqu’alors, la théorie des humeurs prétendait qu’une semence était délivrée par le clitoris stimulé et que sa rencontre avec le jaillissement mâle donnait lieu à la formation de l’embryon. La découverte des ovules et du cycle menstruel vient balayer cette conception en 1880 et l’Eglise décide alors de bannir une pratique qui détourne les couples de leur sainte tâche procréative. Exit donc toute forme de pratique récréative.

A ces attaques répétées des catholiques-conservateurs, qui aboutissent dans les années 80 à la disparition de toute mention dans les manuels scolaires, s’ajoute, selon l’historienne Virginie Girod, une explication d’ordre anthropologique. Dans une société patriarcale fondée sur la filiation, la crainte centrale pour l’homme est de n’être pas assuré de sa paternité. On va donc dans certaines civilisations jusqu’à l’excision pour abolir le plaisir et garantir que les femmes n’iront pas voir ailleurs.

L’intervention de Freud

Comme bien souvent, le professeur Freud intervient et délivre un discours définitif sur l’organe féminin. Deus ex machina de la psyché humaine, Freud assène en 1896 sa fameuse théorie de la maturation sexuelle chez la femme.

Selon le maître viennois, l’orgasme clitoridien ne concernerait que les petites filles, qui en grandissant verraient le siège de leur plaisir migrer vers le vagin. Si elle continue de stimuler son clitoris, la jeune fille restera bloquée indéfiniment au stade de l’enfance. Avec cette attaque en règle, Freud fait jaillir le mythe d’un orgasme purement vaginal qui restera très longtemps ancré dans la pensée collective.

Comme pour de nombreux autres sujets, la doxa freudienne continue encore d’irriguer nos conceptions de l’organe sexuel féminin, avec toutes les perceptions qui en découlent. Car le clitoris est aussi le siège d’une bataille éminemment symbolique et politique. Nier la spécificité voire l’existence-même de cette excroissance du plaisir, c’est en réalité remettre en cause l’indépendance physique et sexuelle de la femme, c’est réfuter une fonction autre que procréative à son organe sexuel.

Et pour tordre définitivement le cou à ces élucubrations freudiennes, on pourra rappeler, comme le fait Maïa Mazaurette, qu’il n’y a pas plus d’orgasmes exclusivement clitoridiens qu’il n’y en a de purement vaginaux. Et ce, pour la simple et bonne raison que les pieds du clitoris enserrent le vagin. Il s’agit donc de rétablir un peu de complexité et d’admettre qu’en réalité, plus il y a de zones érogènes sollicitées, mieux c’est!

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