Edgar Morin : “Qu’est-ce que l’amour ? C’est le comble de l’union de la folie et de la sagesse” | in France Culture

L’amour, la poésie, la sagesse, illuminent nos vies tout en cachant leur énigme et leur complexité… Dès lors se pose la question : que peut être une sagesse moderne ?

Le philosophe et sociologue Edgar Morin était l’invité de l’Université permanente de l’Université de Nantes, jeudi 12 décembre 2013, pour une conférence intitulée “Amour, poésie, sagesse”, titre éponyme de l’un de ses ouvrages. L’occasion pour l’un des plus grands penseurs contemporains de nous livrer sa vision de l’amour.

Edgar morin s’interroge sur l’amour, la poésie, la sagesse qui illuminent nos vies tout en cachant leur énigme et leur complexité… L’amour ne vit, soutient-il, que dans l’état d’un “innamoramento”, se régénérant sans cesse de lui-même. La poésie est cet “état second” qui nous envahit dans la ferveur, l’exaltation, et bien sûr l’amour : elle nous fait habiter, non seulement prosaïquement, mais aussi poétiquement la terre. Quant à la sagesse, elle était dans le monde antique synonyme de vie raisonnable. mais nous savons que l’homo sapiens est également un être d’affectivité, de passions et de délire, c’est-à-dire qu’il est à la fois sapiens et démens.

Quelles sont les sources de l’amour ? Dans tout individu, nous avons deux logiciels : le premier, c’est l’affirmation du “je”, le “moi je”. Je me mets au centre de mon monde, autrement dit, c’est l’égocentrisme. L’égocentrisme nous est vital puisque nous avons besoin de nous nourrir, de nous défendre, de nous protéger… Bien entendu, l’égocentrisme risque de dégénérer en égoïsme s’il n’y avait pas l’autre logiciel qui est complémentaire, en même temps qu’antagoniste, celui du “nous”. Nous avons donc en nous ces deux principes complémentaires.

Une conférence enregistrée en décembre 2013.

Edgar Morin, philosophe et sociologue | in FRANCE CULTURE

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Les éclipses du clitoris | France Culture

Un manuel de SVT vient d’ajouter une description fidèle de l’organe de plaisir féminin. Longtemps resté dans l’ombre de la science et de la société, le clitoris a subi les assauts répétés de l’Eglise et du freudisme, voyant dans ce monticule du plaisir une menace pour la domination masculine.

L’éducation sexuelle a connu une véritable révolution à la rentrée dernière, avec la représentation dans un manuel de SVT du clitoris de manière anatomiquement correcte, et non plus comme une vague protubérance minuscule aux portes de l’appareil reproducteur féminin.

Il faut dire que cet appendice érectile, riche de plus de 7500 terminaisons nerveuses -soit bien plus que le pénis- est resté largement à la marge des représentations et des enseignements, perçu comme un organe superflu, n’ayant pas de fonction pratique dans la mécanique reproductrice. Le clitoris, qui s’étend tout de même sur près de 11 cm, souffre donc d’une invisibilité qui ne doit rien aux hasards de la chair. C’est ce que la philosophe Nancy Tuana appelle l’épistémologie de l’ignorance, soit l’étude des stratégies d’oubli, programmées à des fins de pouvoir.

On retrouve ainsi, dès le milieu du 16e siècle, des représentations complètes et détaillées du clitoris. La Renaissance triomphante ouvre les portes de l’organe du plaisir féminin, après la relative ignorance lors des périodes antiques et du Moyen-Âge.

Un usage encouragé l’Eglise

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Régis Debray, le monde expliqué à mon fils | in France Culture

Régis Debray, philosophe et écrivain, inventeur de la médiologie, revient avec nous sur les mutations de notre histoire politique qu’il a observées ces 50 dernières années à l’occasion de la sortie de son “Bilan de faillite” (Gallimard, mai 2018).

Il y a une bascule qui s’est faite de l’intellectuel vers l’émotif, du projet vers l’optique, de la réflexion aux images. L’heure est aux publicitaires, aux spin doctors, aux photographes et aux cinéastes, plus aux écrivains ou aux philosophes.” Régis Debray

La faillite dont il fait le bilan est à la fois collective et personnelle. Après un demi-siècle de combats révolutionnaires pour changer le monde, que reste-t-il de sa génération et ses espoirs? Croire en qui et en quoi? Croire encore?

Appelons-le « figure de la vie intellectuelle française », un pedigree dont il se moque avec humour…  Dans cette lettre à son fils, celle d’un homme de 76 ans à un garçon de 16 ans, il dit renoncer « à toute ambition d’influence». «Entre le tout-économie et le tout-image, les gens de mon espèce ne peuvent plus faire, avec leurs gribouillis, que des ronds de fumée.»

Dans Civilisation, Comment nous sommes devenus américains, (Gallimard, 2017) qui reparaît ce mois-ci en Folio,  il avait décrit le « changement de civilisation » qu’a connu la France sous l’influence de l’hégémonie culturelle américaine. Dans Le nouveau Pouvoir (Cerf, Septembre 2017) il montrait comment l’apparent changement politique que constitue l’arrivée au pouvoir de Macron marque une profonde mutation culturelle inscrivant la France, pourtant catholique et républicaine, dans l’avènement planétaire de la civilisation issue du néo-protestantisme. Des réflexions qui ont aussi produit une série d’émission l’été dernier sur France Culture devenue livre avec les éditions Autrement : «France-Amérique : un échange de bons procédés» est paru en février dernier.

La disparition de l’avenir est une chose notable. Il n’y a plus de parti idéologiquement structuré avec une vision de l’avenir, avec une vision de ce qui est à accomplir. Nous vivons dans le marketing de l’instant, dans le ‘présentisme’ du chiffre. »

Régis Debray, in France Culture