CHIMÈRES? | Hanane Trinel Ourtilani

La chambre est lumineuse,
décorée dans un style agréable et épuré.
Il est venu, par le passé, seul, pour le travail, comme en un improbable repérage.
Il y avait pensé à ce lieu depuis leur baiser inouï, comme un cinéaste avant le tournage de la première scène d’un grand film.
Elle lui fait comprendre, dès la réception, qu’Il ne s’est pas trompé, le décor est à la hauteur de l’idée qu’Elle s’en faisait.
A cet instant, leur attention ne se porte pas encore sur l’escalier menant à cette alcôve qui accueillera leurs délicieux ébats.
L’empreinte de leurs coeurs tout doucement s’inscrit dans ce décorum..
Dès la porte franchie, Ils ne peuvent y tenir, il leur faut s’embrasser, se dévorer comme Ils se sont mangés du regard, ce midi-même, déjà, chez Elle, après son arrivée presqu’informelle, sous des regards qui les forcèrent à se taire.
Cette attirance déjà palpable ?

Ils s’en étaient doutés, bien sûr, presque dès le début, mais quand on n’échange quelques mots, même suivis de baisers torrides, de messages, de SMS, puis de quelques appels, la première véritable rencontre est plus que déterminante.
Ils se connaissent tellement pourtant.
Leurs âmes, elles, ne s’y étaient d’ailleurs pas trompées.
Le Temps s’est écoulé sans excès depuis ce jour où elle s’est enfuit pour échapper à cet odieux geôlier, il y aura bientôt cinq années.
Elle ne fit que lutter depuis pour tenter d’oublier.
Lui cependant a une Vie pleine et, à quelque chose prêt, vue de l’extérieur, équilibrée.
Il cherche juste, à ce qu’Elle sait, à s’enivrer, épisodiquement, d’autres fleurs, d’autres parfums, d’autres arômes gourmands.
Pour vérifier qu’Il est toujours vivant, aimable, qu’on l’Aime pour lui-même, qu’on l’Aime, tout simplement.
Aussi, Ils resteront discrets, Ils n’auront probablement que ces moments volés à partager.
À peine franchi le seuil, Il la plaque sans attendre contre le mur.
Elle se laisse faire, ses lèvres sont affamées, sa langue agressive.
Il la veut et il devine qu’Elle le veut aussi.
Ce sera la toute première fois qu’ils feront l’Amour, vraiment.
Ils prennent donc tout le temps de refaire connaissance, de découvrir leurs corps, de s’apprivoiser, de s’Aimer, tout simplement.
Elle lui a donné un avant-goût de ce que pourraient être leurs étreintes, en se laissant embrasser, profondément, passionnément.
La valse de leurs langues, allégorie de leurs prochains ébats a achevé de l’affoler.
Elle aime sa voix, son regard, son sourire, sa silhouette, son odeur, son goût aussi.
Elle s’est laissée effleurer, la bouche, les lèvres, alors qu’Ils venaient seulement de se rencontrer, de se retrouver, de se reconnaître, en cette fin de journée de Juillet.
Il a su alors qu’Elle serait à lui, qu’Elle ne reculerait plus, maintenant, devant l’Inconnu, devant cette promesse.
Elle semble grisée, comme étourdie, il en profite pour passer une main sous sa courte robe.
Rien ne le freine.
Elle n’avait donc pas menti, avait obéi…
Elle voudrait qu’Il comprenne qu’elle s’offre totalement et l’exciter jusqu’à l’obséder.
Ses mains viriles caressent les cuisses offertes.
Avec ses doigts, Il l’effleure avant de l’investir, Il ne peut plus se contenir.
Elle le désire, c’est aveuglant, mais Il l’a sentie pourtant craintive.
Il ne veut rien d’autre, juste sa peau, douce et parfumée.
Ils s’embrassent toujours.
Ses bras, couverts de bracelets qui tintent pareils à des clochettes, s’enroulent autour de son cou, comme si Elle cherchait une bouée à laquelle s’agripper, surtout, ne ne pas sombrer.
Elle avance et ondule pour mieux s’ouvrir à son audace.
Il est affamé, mais semble surpris qu’Elle soit apeurée.
C’est à son tour cependant de s’impliquer, de le déshabiller.
Elle apprécie ces obstacles, qui différent l’Inévitable, l’Inéluctable.
Elle a probablement, cependant, imaginé lui ôter ses vêtements dès le début de soirée, dans cette brasserie, à l’orée de la vieille ville.
Ses lèvres ne quittent plus les siennes.
Elle déboutonne sa chemise juste assez pour la lui faire glisser, au-dessus de la tête.
Ces secondes de séparation leur paraissent interminables et Ils s’embrassent de plus belle.
Elle n’a pas besoin d’avoir de contact avec lui pour être incandescente.
Sa voix déjà, quand ils s’étaient appelés, plusieurs fois, a agi sans qu’Elle maitrise ce basculement si rapide, la rendant complice de ce jeu érotique et follement sensuel.
Il l’a menée à l’extase, quoique séparés par des centaines de kilomètres, plusieurs fois déjà.
Dieu qu’Elle a peur tandis qu’Il tente de lui faire abandonner cette robe légère.
Elle bascule en arrière, se laissant renverser sur le lit.
Il caresse ses seins mais Elle détourne la tête.
Comment peut-Elle être encore tiraillée entre impudeur et timidité ?
Il ne sait pas, c’est vrai, qu’Elle l’a choisi Lui, qu’Elle l’a élu, après des années à préserver sa chasteté, en ces temps d’agonie des liens conjugaux, près d’une décennie.
Même si…
Il voudrait s’allonger plus confortablement sur les draps.
Sentir sa peau, son odeur, ses profondeurs, il y a tant a découvrir.
Elle est allongée sur le dos, Il la rejoint.
Leurs vêtements maculent le sol.
Brusquement, Elle le repousse de toutes ses forces.
Pourquoi, que s’est-il donc passé?
Il hésite, la rassure, pourquoi cette idée, ce caprice tardif ?
En vérité, Elle n’a pas connu cette époque maudite où l’Amour risquait de donner la Mort, mais Elle en a entendu parler.
Et cet Homme assoiffé a rarement résisté aux fruits défendus qu’Il a régulièrement cueillis.
Il ne s’en est d’ailleurs pas caché.
Mais Il n’a jamais pris de risques, trop attaché à la Vie.
Il céde à contre-coeur, peut-étre même pense-t-Il qu’Elle pourrait disparaitre pendant cet intermède?
Le temps d’un écair, Ils reprennent où Ils en étaient. Il place ses deux mains autour de ses cuisses.
La tête plongée dans son jardin secret, sa langue profondément engagée dans ce chemin privé.
Elle gémit, se cambre, ressert ses jambes autour de lui.
Elle lui caresse la nuque mais ne le guide pas.
Il sait ce qu’Il fait.
De temps en temps, Il lui jette un regard comme pour vérifier qu’Elle est bien à sa merci, qu’Elle apprécie.
Il passe maintenant ses mains sous ses hanches, sa cambrure l’inspire.
Il aime cette confiance absolue qu’Elle lui confirme ici, comme lors leurs échanges téléphoniques.
Cette fois, Il sent ses courbes sous ses doigts.
Bien qu’Il se soit imprégné de sa façon de s’habiller pour mieux apprécier ses formes, avoir ses mains dans le creux de ses reins qu’Il a regardés sur photo avec envie, c’est tellement différent.
Là Il la possède, réellement…
Elle veut partager ce qu’Il goute.
Elle remonte sa tête de ses mains, Il l’embrasse langoureusement.
Son torse est contre sa poitrine.
Ils sont sans doute amoureux l’un de l’autre, mais de nos jours, il est beaucoup plus indécent de parler d’Amour que de le faire…
C’est si complexe !
Ils se ressemblent et s’opposent en même temps, pareils à de puissants aimants.
Elle s’ouvre et Il vient se réfugier à nouveau à l’intérieur de ce corps.
Elle aime le sentir, se contracte pour amplifier leur plaisir.
Elle voudrait que cela dure et dure, que cela ne s’arrête Jamais !
Il pose ses mains de chaque côté de son visage et la regarde, sans sourire.
Il ne sait pas quoi ressentir à cet instant, la trouve-t-Il indécente, ou bien émouvante, à s’offrir ainsi.
Il aimerait tant la comprendre.
Mais Il ne dit rien, Elle semble pourtant avoir deviné son trouble.
Subitement, Elle le supplie de parler, de lui offrir ses mots, de redevenir ludique.
Elle lui demande de l’embrasser pour réduire ce vide entre eux, cet espace inutile.
Elle veut sentir chaque millimétre de sa peau.
Elle s’agrippe à ses reins d’une main, lui caresse le dos doucement de l’autre.
Ses mouvements sont lents mais assurés.
Doux mais amples…
A mesure que le plaisir monte, Elle enfonce ses ongles un peu plus dans sa peau.
Elle n’a pas le droit à l’erreur, pas le droit de laisser de traces.
S’Ils éveillent des soupçons de son officielle, Elle le mettrait en danger ?
Alors Elle lui prend seulement les mains et les serre aussi fort qu’Il l’éclaire.
Elle veut lui prouver qu’Il l’a totalement conquise, qu’Elle est offerte à ses désirs, ses sensations s’en trouvent décuplées.
Il l’investit à nouveau, Elle pose la tête sur l’oreiller.
Son corps est cambré à l’excès.
Il lui prend les hanches d’une main pendant que l’autre, Il la caresse, doucement d’abord, puis de plus en fort quand Elle le supplie de venir, enfin.
Elle adore l’entendre ainsi gémir.
Elle se détend pour mieux sentir ce qu’Il fait, lui faire comprendre qu’Elle veut qu’Il aille, encore, plus loin.
Elle se redresse.
Il veut se l’approprier de toute sa longueur, de tout son poids.
Ses cuisses le brûlent mais la douleur n’est rien comparée au plaisir que cette femme Lui procure.
Ils ne tardent pas à jouir,
ensemble.
Ils sont bruyants mais ne peuvent faire autrement.
Lorsqu’Ils s’allongent, enfin, l’un contre l’autre, Ils se regardent, s’observent.
Ils profitent de cet instant où le silence est leur meilleur allié.
Elle le rompt, brusquement, se redressant, pour mieux Lui planter ce “Je t’Aime”, en silence, au fond des yeux.
Des mots remplis de passion, de tendresse, de respect, qui ne seront pas prononcés.
Elle l’Aime assez pour lui donner son corps, son âme, tout ce qu’Elle est, mais sait que, bientôt, leurs chemins seront à nouveau, pour un temps, séparés.
Elle n’est pas sûre de ce que cette Histoire lui apportera, à lui, mais Elle est reconnaissante de ce qu’Il lui apporte, à Elle.
Cette possibilité d’être enfin Elle-même, généreuse et sincère, heureuse de l’Amour qu’Elle lui aura offert.
Sans se mentir. Il fait partie des plus belles choses de sa Vie.
Elle l’Aime, pour lui-même, avec ses défauts, ses qualités, son passé, son présent, sans réfléchir.
Comme on aime à 15 ans, sans autre projet que celui de vivre.
Seront-Ils éphémères, tout comme cette pleinitude qu’Ils partagent, tout comme les sentiments, trop souvent ?
Elle devine son besoin de s’enivrer, encore.
Il rêve d’un Amour qui le trancende, tout comme Elle.
Mais pour se protéger, ne pas risquer de mettre en danger l’équilibre fragile qu’Il a réussi à construire, Elle le soupçonne de se lasser très vite; Elle lui en veut déjà, un peu.
Elle n’a jamais Aimé qu’en rêve et en encre, avec cette soif de sublime, ce besoin d’absolu.
Mais, tellement moins fort qu’aujourd’hui.
Elle risque de disparaitre, un jour, sur la pointe des pieds, par amour de lui, pour ne pas risquer qu’Il brise son rêve fragile, qu’Il annonce qu’il n’y aura pas de prochaine fois…
Elle s’est mise en danger,
Elle le sait !
Dès qu’Il l’appellera moins souvent, dès que ses messages seront moins enflammés, moins nombreux, dès qu’Il ne lui dira plus aussi combien Elle lui manque, dès qu’Il ne fera plus d’effort pour la voir, tout doucement, sur la pointe des pieds, Elle disparaitra…
Mais, en attendant, s’il vous plait, n’y pensons pas !
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