L’esclave islandaise | Steinunn Jóhannesdóttir | par Yacine Bouzaher

Un roman historique, ancré dans notre histoire Algérienne, celle de la régence d’Alger et des captifs esclavagisés, que beaucoup ignorent.

Bien sûr, il y a les captifs célèbres comme Miguel de Cervantes. Mais Alger, pendant des siècles, a été une ville cosmopolite sans pareille en Méditerranée. Combien, aujourd’hui, d’Algérois sont issu de ce cosmopolitisme, ignoré ou dénié. Nous avons là, un Roman avec, évidemment un point de vue, islandais. Mais comme toujours avec notre histoire, nous sommes contraints de nous servir du travail historique des autres, à déconstruire pour nous y retrouvez, puisque, pour diverses raisons, dont celle de la subjectivité idéologique, qui place sous tutelle tout travail universitaire sérieux, nous ne parvenons pas à écrire notre histoire nous-même.

Sauf, engluer dans le mémoriel plutôt que libéré par l’histoire, à l’instrumentaliser avec les révisionnismes au service de projets politiques et partisans qui n’ont strictement rien à voir avec l’histoire.

Yacine Bouzaher

Voila un avis de lectrice que j’ai pris chez Babélio: En 1627 , en Islande, des corsaires de Salé attaquent les villages des fjords de l’est et des îles Vestmann et y capturent 400 hommes, femmes et enfants qu’ils partent vendre au Maghreb.

Parmi les prisonniers, une femme, Gudridur, tente de survivre à la traversée avec son jeune fils. Jeune et belle, elle est vendue à un Dey, et se retrouve enfermée dans une demeure d’Alger, au service de ses quatre épouses. Son fils, vif d’esprit, est quant à lui envoyé dans une médersa pour y étudier.

Gudridur n’a qu’une obsession, racheter sa liberté et repartir en Islande avec son enfant auprès de son époux dont elle ignore le sort. Son salut réside dans une lettre qu’elle rêve de pouvoir écrire et d’adresser à ceux qui rachètent les captifs. Mais Gudridur, femme de pécheur, est pauvre, et n’a personne pour payer sa rançon.

L’esclave islandaise, de l’auteure Steinunn Jóhannesdóttir, s’inspire du destin mouvementé de Guðríður Símonardóttir (1598 -1682), actrice bien malgré elle d’un épisode de l’histoire islandaise connu sous le nom d’« enlèvements turcs en Islande ». Seuls quelques captifs réussiront à être rachetés par le roi du Danemark Christian IV. Le propos de l’auteure s’inscrit davantage dans une démarche historique que romanesque. Je m’attendais à une grande saga romantique dans la veine de La Nuit du sérail ou de La Grande sultane, il n’en est rien. Cet épisode historique a laissé de nombreux traces dans la mémoire collective, dans la toponymie et surtout dans les archives, où l’on trouve des témoignages directs, de la correspondance, des listes, des suppliques… La romancière les a d’ailleurs insérés dans son ouvrage, avec des reproductions de gravures d’époque, ce qui lui permet de retracer avec précision le parcours de quelques hommes et femmes.

Car tous ne connaîtront pas le sort de Gudridur qui s’accroche désespérément à son passé, à sa langue et surtout à sa religion. Des Islandaises refusant d’abjurer leur foi seront torturées et brûlées, des hommes ayant commis des erreurs dans leurs tâches quotidiennes mutilés. Certains pour survivre s’accommoderont de leur sort, comme la belle Anna qui se convertit à l’Islam et fonde une famille avec son très riche maître.Les lignes les plus intéressantes sont celles qui narrent le « choc culturel » des Islandais arrivant au Maghreb, qui supportent difficilement le climat, ne comprennent pas la religion, s’étonnent devant la diversité de la population, eux qui dans le Nord n’avaient pour coutume que de commercer avec des Danois, ou d’apercevoir des équipages anglais ou allemands y faisant escale:

Cette ville (Alger) abritait des milliers d’esclaves confrontés à la durete impitoyable de leurs maîtres et à des conditions de vie effroyables, du reste, c’était une époque troublée. Même s’il n’avait aucune certitude, Jon pensait qu’il n’y avait ici que très peu d’esclaves venus des pays du Nord à l’exception des Islandais.

On y trouvait en revanche une foule d’Allemands, de Hollandais, d’Anglais, de Flamands, de Français et de Wallons, mais la plupart étaient originaires d’Espagne ou du Portugal.

L’esclave islandaise est une lecture très dépaysante quand on ne connaît rien comme moi à ce pays. Connaissant davantage le sort du captif le plus célèbre, Miguel de Cervantes, enlevé au large des Saintes-Maries-de-la-Mer et qui demeura esclave à Alger pendant presque cinq années, j’imaginais les pays nordiques comme des envahisseurs razziant les côtes européennes, et ignorais qu’ils en furent aussi victimes. J’ai aussi beaucoup apprécié l’introduction de l’auteure qui raconte ses préparatifs et son séjour en Algérie, sur les pas de ses infortunés compatriotes.

L’odyssée de Gudridur se poursuit d’ailleurs dans un second volume, qui contient une bibliographie et une post-face des plus intéressantes.

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