Soliloques | Kateb Yacine

CE QU’EN DIT L’ÉDITEUR – Je suis étudiant. Mais je n’ai pas envie de continuer. Je voudrais écrire.  – Ah, ça tombe bien, moi je suis imprimeur. Apporte moi tes poèmes.”

Cet homme extraordinaire, mon premier éditeur, s’appelait Carlavan. Il était en faillite, après avoir dirigé l’imprimerie du Réveilbônois, journal du soir à Annaba. Commeil lui restait un stock de papier, il a décidé de finir en beauté, en publiant un jeune poète inconnu.

C’est ainsi qu’il a imprimé “Soliloques” en mille exemplaires qu’il m’a remis, sans rien me demander en échange. Ces poèmes de jeunesse datent de presque un demi-siècle. On y retrouve deux thèmes majeurs : l’amour et la révolution, dans une première ébauche de l’œuvre qui allait suivre. En un mot, “Soliloques”, ce n’est pas encore Nedjma, mais c’est son acte de naissance.” Extrait de l’introduction de Kateb Yacine, écrite quelque temps avant sa mort.

32 ème anniversaire de la disparition de Kateb Yacine | Souâd Kedri

Romancier visionnaire et homme de théâtre “témoin de son temps”… Que penserait Kateb Yacine de l’Algérie d’AUJOURD’HUI ?

Je vous propose de lire un extrait du Dialogue avec Jean-Marie Serreau, dans Le Poète comme un boxeur (Seuil, 1994) :

« Le vrai poète, même dans un courant progressiste, doit manifester des désaccords. S’il ne s’exprime pas pleinement, il étouffe. Telle est sa fonction. Il fait sa révolution à l’intérieur de la révolution ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Son drame, c’est d’être mis au service d’une lutte révolutionnaire, lui qui ne peut ni ne doit composer avec les apparences du jour. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion. »

Repose en paix !

Photo du net

KATEB YACINE | 929-1989 | Dictionnaire amoureux de l’Algérie | Malek Chebel

Kateb - 200Il est le seul algérien à s’être constitué un nom qui demeure indissociable de la culture de son pays, un patronyme que nul ne peut ignorer car, que l’on dise Kateb, ou Yacine, et à fortiori Kateb Yacine, chacun sait de qui on parle.

Son livre le plus célèbre, est un livre testament, dont le titre emblématique est Nejma ,parut au seuil en 1956. C’est un livre différent de ses autres ouvrages, à la foi en raison de sa structure complexe, en miroir, de ses fulgurances et de sa progression décalée. Livre utérin par excellence, livre de pensées complexes et de projection collectives livre d’encre et de sang. Nejma, dont le nom renvoie à une éventuelle cousine, ne cessera d’interroger l’Algérie à laquelle il s’identifie par le genre et dont il transposera le projet existentiel au plan de l’esthétique romanesque.
Dans ce capharnaüm du lendemain de la seconde guerre mondial, là bas, dans la colonie encore docile, Kateb sera durement affecté par les émeutes du 8 mai 1945, à Sétif, là même où la révolution algérienne allait prendre son envol.
D’un côté, la joie des indigènes apprenant la libération de la France valait adhésion explicite : de l’autre les tirailleurs rentrés au Bled commirent un pêcher de lèse-majesté en réclamant avec véhémence que l’on tint au plus haut niveau de l’Etat, les promesses faites au moment où on les enrolait en vue de sauver la patrie menacée par les allemands.

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